jeudi 2 mai 2013

LA COLLECTION DU PROFESSEUR SS HIRT




En 1943, cette ancienne salle des fêtes a été aménagée en chambre à gaz pour les besoins du docteur Hirt. 


L'HORREUR ABSOLUE DE LA CRUAUTE HUMAINE


Le professeur SS August Hirt. Homme monstrueux, mais, paraît-il, bon anatomiste. DR






La dictature nazie a été le comble de l'horreur. La pire de toute l'histoire de l'homme!


La découverte de la collection de cadavres entassés dans des cuves pleines d'alcool le 1er décembre 1944 à l'université de Strasbourg, en est un témoignage boulversant.
Le boucher August Hirt

Opération à Monowitz

Lors de l’inauguration de la Reichsuniversität de Strasbourg, en novembre 1941. DR

85 juifs d'Auswitch fut amenés au Struhof en Alsace, pour y être gazé et servir de cobaye humain.


L’horrible collection anatomique strasbourgeoise du professeur Hirt


Lundi, un documentaire télé aborde un épisode souvent occulté de la Seconde guerre : il y a 70 ans, 86 personnes étaient gazées au Struthof, et leurs corps emmenés à Strasbourg afin d’y constituer une « collection » de squelettes juifs.

« Chaque fois que j’en parle, j’ai l’impression que les gens découvrent le sujet , s’étonne Sonia Rolley. Et ce n’est pas normal ! » Ce « sujet », c’est celui des 86 juifs gazés il y a 70 ans au Struthof et dont les corps ont été retrouvés, à la Libération, baignant dans des cuves emplies d’alcool, dans les sous-sols de l’institut d’anatomie de Strasbourg (dans l’hôpital civil). Le professeur nazi August Hirt entendait ainsi constituer une « collection anatomique » gardant, au sein de l’université alsacienne, la trace de ce qu’était la « race juive » après sa disparition programmée (voir ci-contre).

Résistances

Sonia Rolley est aujourd’hui journaliste à Radio France Internationale. Elle a eu connaissance de cette histoire en 2005, quand elle était étudiante à l’école de journalisme de Strasbourg (Cuej). « Je voulais réaliser une émission de radio sur les légendes urbaines qui hantaient les couloirs de l’université. Un ami m’a alors parlé des ‘‘bouts de juifs’’ qui se trouveraient dans la collection anatomique… C’était une expression employée en fac de médecine, sans savoir ce que ça recouvrait ». L’étudiante confronte alors cette légende à la réalité. Elle interroge pour l’occasion un ponte universitaire, qui, se souvient-elle, évacue la question « en affirmant que ses étudiants ne sont pas censés porter cette mémoire. Je n’imaginais pas à quel point cette histoire pouvait provoquer de résistances… »



À cette époque, un médecin psychiatre strasbourgeois, Georges Federmann, créateur du cercle Menachem Taffel, se faisait déjà un devoir d’affronter ces réticences locales (lire ci-dessous). 70 ans plus tard, le brouillard tend enfin à se dissiper. Grâce à l’action opiniâtre du cercle, mais aussi, notamment, aux travaux menés par le journaliste allemand Hans Joachim Lang (qui a révélé le nom des victimes) et les chercheurs Patrick Wechsler et Robert Steegmann, cette énormité nazie en Alsace a entrepris sa lente sortie de l’oubli, pour ne pas dire du déni.

Zones d’ombre

La diffusion ce lundi sur France 3 du documentaire Au nom de la race et de la science pourrait accélérer ce mouvement de reconnaissance. Cette enquête est cosignée par Sonia Rolley, Axel et Tancrède Ramonet. Devenue grand reporter au Rwanda et au Tchad, l’ancienne étudiante n’avait oublié ni cette histoire, ni les résistances qu’elle suscite. Elle a soumis ce projet aux deux autres coauteurs il y a quatre ans. « J’ai proposé ce sujet parce je ne comprenais pas pourquoi personne ne l’avait encore traité ! On a entrouvert la porte, et j’espère que beaucoup d’autres vont s’y engouffrer. C’est un premier film et il y en a encore beaucoup à faire. Par exemple sur les victimes elles-mêmes, sur le travail de Lang, dont le livre n’a pas encore été traduit en français, sur celui du cercle Taffel… »

L’appel aux nouvelles recherches est d’autant plus important que demeurent plusieurs zones d’ombre. Ainsi, les victimes ont-elles vraiment été sélectionnées, et selon quels critères ? Et pourquoi le professeur Hirt ne s’est-il plus occupé de ces corps une fois qu’il les a réceptionnés ?

Georges Federmann annonce la parution, pour l’automne, d’un nouveau livre : il sera l’œuvre d’un auteur allemand nommé Julien von Reitzenstein et pourrait apporter son lot de révélations.


VOIR Au nom de la race et de la science, Strasbourg 1941-1944 , documentaire de 55 minutes réalisé par Sonia Rolley, Axel et Tancrède Ramonet (production Temps Noir), ce lundi 29 avril à 23 h 45 sur France 3 et le samedi 18 mai à 15 h 20 sur France 3 Alsace.

Chronologie d'une atrocité
23 novembre 1941. Inauguration de la Reichsuniversität de Strasbourg. Comme celle de Prague, cette université en territoire annexée devait être une vitrine de la « science » nazie. Parmi les 28 nouveaux professeurs figure un anatomiste fanatique et ambitieux : August Hirt, 43 ans. Sa famille est d’origine suisse, mais il est né en Allemagne, à Mannheim, et est membre de la SS depuis 1933 (il atteindra le grade de commandant). Lors de cette cérémonie, il rencontre Wolfram Sievers, proche de Himmler et un des dirigeants de l’Ahnenerbe («Héritage des ancêtres »), sorte de centre de recherches de la SS essayant de prouver la supériorité de la race aryenne.
2 novembre 1942. Hirt écrit à Himmler, chef de la SS, afin d’obtenir 150 squelettes de juifs pour un projet de « collection anatomique ». Sa requête est acceptée. Dans un premier temps, Hirt ambitionne précisément de collectionner des « crânes de commissaires bolcheviques juifs ».

Juin, puis août 1943. Anthropologue de l’Ahnenerbe (il a effectué des expéditions au Tibet sur les traces supposées des origines aryennes), Bruno Beger est chargé de « sélectionner » une centaine de personnes à Auschwitz, en l’absence de Hirt. Celui-ci veut qu’elles soient tuées en Alsace. 87 personnes seraient donc amenées en août au Struthof. À 500 mètres du camp, une ancienne salle des fêtes vient d’être aménagée en chambre à gaz. Une femme se serait rebellée au moment d’y être conduite, et tuée par balles. Les 86 autres personnes sont asphyxiées au zyklon B, en quatre groupes. Les corps sont transférés à l’institut d’anatomie aussitôt après leurs décès ( « Les yeux étaient encore ouverts et brillants » , dira un employé), traités par des injections artérielles (de formol notamment) et placés dans des cuves emplies d’alcool éthylique. Curieusement, Hirt n’y touche plus...

1er décembre 44. Les 86 corps (17 cadavres entiers et 166 segments) sont découverts dans les cuves par les alliés. Des autopsies sont pratiquées. Quelques semaines plus tôt, Hirt avait demandé qu’ils soient rendus méconnaissables, et notamment que les têtes et les tatouages du bras gauche soient enlevés. Mais ces matricules avaient été relevés par un assistant, ce qui permettra leur identification. Hirt aurait gardé pour lui les dents en or.

2 juin 1945. Hirt se suicide dans la Forêt-Noire, en se tirant une balle dans la tête. Himmler avait avalé du poison peu avant. Sievers a été condamné à mort et pendu en 1948. En revanche, Bruno Beger (qui assura ne pas connaître le sort des sélectionnés) vivra jusqu’à ses 98 ans ; il a rencontré à plusieurs reprises le 14e dalaï-lama.

23 octobre 1945. Les corps des 86 victimes sont enterrés à Strasbourg-Robertsau. Ils ont ensuite été transférés en 1951 au cimetière de Strasbourg-Cronenbourg.

« Profession bourreau »
Deux ans après son ouvrage consacré au gauleiter Robert Wagner, l’historien (et conseiller général) Jean-Laurent Vonau poursuit son travail à partir des archives de procès et d’instructions en publiant un ouvrage consacré aux jugements des gardiens des camps nazis en Alsace annexée, à Schirmeck (« camp de sûreté ») et au Struthof (« camp de concentration »).
Une partie de ce livre est consacrée aux procès des « médecins de la mort », à Metz, en 1952. Au-delà de la collection anatomique, l’ouvrage aborde aussi les expérimentations nazies sur des prisonniers (dont des Tziganes) utilisés comme cobayes pour des recherches contre les gaz ou le typhus.
LIRE Profession bourreau, Struthof-Schirmeck, les gardiens face à leurs juges , Jean-Laurent Vonau, La Nuée Bleue, 285 pages, 22 €.
RENCONTRER L’auteur sera à la librairie Kléber de Strasbourg le 4 mai (17-19 h) ; à la foire du Livre de Saint-Louis le 5 mai ; aux librairies Bisey de Mulhouse le 11 mai (15-17 h) et Hartmann de Colmar le 18 mai (15-17 h).
« J’ai appelé ça du révisionnisme par défaut… »
Le psychiatre strasbourgeois Georges Federmann a créé en 1997 le cercle Menachem Taffel pour lutter contre l’oubli qui menaçait les victimes de Hirt.

« Durant tout mon cursus de médecine à Strasbourg, je n’ai jamais entendu parler de cette histoire… » Après ses études, Georges Federmann s’est installé comme psychiatre, en 1988, dans la capitale alsacienne. Et ce n’est qu’en 1992 que deux chercheurs du CNRS lui apprennent la découverte en 1944, à l’institut d’anatomie, des corps « commandés » par Hirt. Ils avaient alors écrit à un responsable universitaire pour que cette mémoire soit ravivée ; on leur avait répondu qu’il n’y avait aucun lien à faire entre l’université actuelle et la Reichsuniversität, et que présenter les méfaits nazis serait « de nature à créer une inadmissible ambiguïté ».

« Ambiguïté »

« C’était comme si cette parenthèse était hors de l’Histoire , commente Georges Federmann. J’ai appelé cette attitude du révisionnisme par défaut… Le fait de ne pas 
l’enseigner laisse croire que c’est accidentel, que ça ne peut pas se reproduire, alors qu’il faudrait en faire à l’inverse un cas d’école. Il ne faut pas oublier que jusqu’en 1933, la médecine allemande est celle qui a fourni le plus de prix Nobel ».
Dès 1997, à l’occasion de la tenue à Strasbourg d’un congrès du Front national, Federmann crée avec le psychanalyste kehlois Roland Knebusch une association : le cercle Menachem Taffel, du nom de la seule victime alors identifiée. Il doit s’imposer face à un certain milieu universitaire, mais aussi, précise-t-il, un certain milieu juif, « car on n’appréciait pas trop que l’étendard de cette mémoire soit porté par quelqu’un comme moi, qui suis juif, mais aussi pro-palestinien… »

Georges Yoram Federmann n’est pas un psychiatre ordinaire. Il s’est fait connaître par son obstination à vouloir soigner les exclus. En novembre 2005, un ancien patient a fait irruption dans son cabinet, tué sa compagne et lui a logé quatre balles dans le corps.




Une plaque et un quai



Curieux hasard, quelques jours plus tard, le cercle obtenait sa première grande reconnaissance : une plaque était inaugurée à l’entrée de l’institut d’anatomie « en mémoire des 86 victimes juives assassinées par August Hirt ». En mai 2011, une partie du quai Pasteur, à Strasbourg, proche de l’institut, a été rebaptisée du nom de Menachem Taffel sur la proposition de l’adjointe Nicole Dreyer.

Désormais, le psychiatre demande notamment que le rapport d’autopsie pratiqué sur les victimes soit distribué à tous les étudiants de médecine de Strasbourg. Et il compare la réticence qu’il a fallu vaincre pour l’apposition de la plaque aux honneurs dont est toujours entourée la mémoire du professeur Leriche, qui donne son nom à un pavillon de l’hôpital civil : « Or, ce Leriche fut, jusqu’à fin 42, le premier président du conseil supérieur de l’ordre des médecins créé par Vichy. Et ce conseil de l’ordre a participé au recensement des médecins juifs et à leur expulsion. »


CÉRÉMONIE. Ce dimanche, à 10 h, le cercle Menachem Taffel organise comme chaque année un hommage aux victimes de Hirt devant l’institut d’anatomie de Strasbourg.


Menachem et les autres


Unique victime connue jusqu’aux recherches menées par Hans Joachim Lang, Menachem Taffel avait le matricule 107969 tatoué sur l’avant-bras gauche. Né en Pologne le 28 juillet 1900, il avait été déporté le 13 mars 1943 à Auschwitz-Birkenau avec sa femme Klara, 44 ans et leur fille Ester Sara, 15 ans. À Berlin, ils habitaient au 9, rue d’Alsace (Elsasserstrasse)…
Sur les 86 victimes, 36 étaient des femmes. La plus jeune avait 15 ans. Une bonne moitié venait de Thessalonique. Les autres étaient originaires d’Allemagne, de Pologne, d’Autriche, etc. Il y avait un seul Français : Jean Kotz, né en 1912.

A lire aussi
http://www.lalsace.fr/haut-rhin/2013/04/27/struthof-les-86-victimes


A la Libération, la découverte des traces des expériences, à Strasbourg

Compte-rendu du Commandant RAPHAËL, du Service Cinématographique des Armées.

« Le vendredi 1er décembre 1944, au cours d'une visite à l'Hôpital Civil de Strasbourg pour rechercher du matériel photographique provenant de l'Institut allemand, le Commandant Raphaël, du Service Cinématographique de l'Armée, a constaté la présence dans le sous-sols du bâtiment de l'Institut d'Anatomie de cadavres entassés, dans des cuves pleines d'alcool.

Ces cadavres étaient destinés aux expériences du Professeur Hirth, Directeur de l'Institut.

D'après les déclarations des employés alsaciens : Peter, Wagner et Gabel, ces corps auraient été livrés à l'Institut, sur la demande du Professeur Hirth, par un camp d'internés politiques (Schirmeck ou Struthof).

Sur 120 cadavres commandés, 86 ont été livrés (dans la même journée, en plusieurs fois) à 5h du matin.

Les corps étaient transportés nus, à raison de 50 par camion.

Lors de leur déchargement, les témoins ont pu constater que les cadavres présentaient les caractéristiques suivantes : Ils étaient encore tièdes et ne présentaient pas la raideur cadavérique. Leurs yeux étaient congestionnés et rouges. Ils portaient un matricule tatoué sur le bras. Ils comprenaient 30 femmes de tous âges.

D'autre part, il est à signaler qu'il a été trouvé dans le laboratoire du Professeur une bombe puissante à oxygène liquide (10kgs) destinée à provoquer la destruction de toute l'installation, et à faire disparaître ainsi toute trace compromettante. L'Avance rapide de l'armée Leclerc a empêché la réalisation de ce projet. Toutefois, le Professeur Hirth a réussi à s'enfuir, mais une partie de ses assistants sont restés sur place.

Les personnes dont les noms suivent sont à même de fournir tous détails complémentaires sur cette affaire et de servir de témoins :

1- Eléments alsaciens ayant dénoncé les agissements du Professeur et continuant leur service à l'Hôpital Civil : Pater, Wagner, Gabel.

2 - Eléments allemands (internés ou surveillés) : Mlle Seepe, secrétaire du Professeur Hirth ; M. et Mme Bong, assistants du Professeur.

Mr Bong devait être fusillé, et n'a pas été exécuté, afin de servir de témoin. Il est interné.

En résumé : Le nombre de cadavres, la manière anormale dont ces corps ont été amenés à l'hôpital, les précautions prises pour pouvoir faire disparaître toutes traces de ces installations, enfin, les déclarations des employés attachés à ce service, prouvent que le Professeur Hirth était un triste personnage dont l'activité est à mettre en lumière.

Il semble qu'on se trouve en face d'une manifestation de la barbarie allemande.

Fait à Paris, le 10 décembre 1944




Médecine nazie et expérimentations


Agrandir la photoLe nazisme était fondé sur des théories racistes et antisémites, affirmant la supériorité de l'« Aryen », décrété de « pure race allemande », sur tout autre être humain. Ces théories se cherchaient une caution dans les travaux pseudo-scientifiques menés par d'authentiques professeurs et médecins allemands, acquis aux idées de Hitler. Des expérimentations sur diverses maladies, gaz de combat et « étude des races » furent pratiquées sur des déportés dans plusieurs camps de concentration nazis.

Au KL-Natzweiler, plusieurs séries d'expériences « médicales » furent menées dans le cadre des travaux de la Reichsuniversität, l'université du Reich à Strasbourg, et de l'administration SS Ahnenerbe, rattachée à l'état major de Himmler à Berlin. Les principaux auteurs et coupables de ces expérimentations étaient : August Hirt, professeur d'anatomie de renommée internationale, Otto Bickenbach, professeur de médecine, spécialiste des gaz de combat et Eugen Haagen, virologiste, découvreur d'un vaccin contre le typhus qui lui valut d'être inscrit sur la liste des candidats au prix Nobel de médecine en 1936.

Hirt procèda à des expériences sur l'ypérite - gaz moutarde - et projetta de constituer une collection de squelettes à partir des corps des 86 Juifs déportés d'Auschwitz ; Bickenbach mèna des expérimentations sur le gaz phosgène et Haagen poursuivit ses travaux sur les effets du typhus











Les nazis voulaient garder une trace des Juifs après leur extermination


Après avoir lancé en janvier 1942 la "solution finale", les nazis ont décidé quelques mois plus tard de garder une trace anatomique du peuple juif, une fois celui-ci exterminé, en gazant en France 86 Juifs, un projet finalement non abouti. (c) Afp
PARIS (AFP) - Après avoir lancé en janvier 1942 la "solution finale", les nazis ont décidé quelques mois plus tard de garder une trace anatomique du peuple juif, une fois celui-ci exterminé, en gazant en France 86 Juifs, un projet finalement non abouti.

Un documentaire intitulé "Au nom de la race et de la science. Strasbourg 1941-1944" et réalisé par Sonia Rolley et Axel et Tancrède Ramonet, lève le voile sur ce projet fou conçu par un médecin SS. Il fit transférer 87 hommes et femmes Juifs du camp d'Auschwitz à celui du Struthof (Vosges) où 86 furent gazés. De là, les 86 corps furent transportés à une cinquantaine de km, à l'Institut d'anatomie de Reichsuniversität de Strasbourg, université d'excellence du IIIe Reich en Alsace annexée.

1er décembre 1944. Des soldats de la 2e DB, entrés à Strasbourg une semaine plus tôt, découvrent 86 corps défigurés et démembrés dans les sous-sols de l'Institut d'anatomie. Ces corps furent inhumés en octobre 1945 dans un cimetière municipal de Strasbourg puis transférés en 1951, dans le cimetière juif de Strasbourg.

A la base du projet, un médecin allemand, nazi depuis 1933, l'Hauptsturmfuhrer (commandant) de la SS August Hirt, membre de l'Institut d'anthropologie raciale "Ahnenerbe" et professeur à la Reichsuniversität de Strasbourg. Il imagine le projet d'une collection de squelettes juifs approuvé par Heinrich Himmler en novembre 1942.

Il s'appuie sur les travaux de Wolfram Sievers, nazi depuis 1929, l'un des directeurs de "Ahnenerbe" qui entend trouver des traces anciennes de l'origine aryenne chez les humains pour prouver qu'ils appartenaient ou non à la race supérieure.

L'assistant du Pr Hirt, Bruno Beger, ethnologue allemand et Hauptsturmführer (capitaine) de la SS, se rend en juillet 1943 à Auschwitz pour sélectionner 115 hommes et femmes juifs à l'aide de mesures anthropométriques. De ces 115 Juifs, 87 furent finalement envoyés au camp de concentration de Natzweiler-Struthof, seul camp de ce type en France occupée.

Le chef du camp Joseph Kramer avait fait aménager une chambre à gaz dans un bâtiment près du camp où 36 femmes et 50 hommes sont gazés, en juillet 1943, le 87e refusant d'entrer dans la chambre à gaz. Les corps sont ensuite transportés vers l'Institut d'anatomie de Strasbourg et conservés dans le formol à la disposition du Pr Hirt.

Mais celui-ci va finalement laisser les corps intacts. En septembre 1944, devant l'approche des Alliés vers l'est de la France, le projet est abandonné et Himmler ordonne la destruction des corps qui sont mutilés et pour la plupart démembrés pour empêcher toute identification.

August Hirt quitte précipitamment Strasbourg en septembre 1944 avant de suicider en 2 juin 1945 en Forêt-Noire.

Wolfram Sievers sera condamné à mort comme criminel de
guerre en août 1947 lors du "procès des médecins" à Nuremberg et pendu l'année suivante.

Bruno Beger, sera condamné en 1971 à trois ans de prison avec sursis pour complicité dans le meurtre des 86 Juifs et décédera dans son lit en 2009.

Quant à Joseph Kramer, qui commanda ensuite le camp de Bergen-Belsen, il fut condamné à mort en novembre 1945 et pendu le mois suivant.

Une plaque commémorative, apposée dans l'Université de Strasbourg le 11 décembre 2005, porte le nom des 86 Juifs victimes de ce projet nazi.




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